(ce qui suit est aussi une réponse aux mails de Brune et Véronique)

Pour moi, cette semaine de Tuning a mis le doigt sur un aspect essentiel du Tuning qui est tout le temps nommé (au point d'agacer) mais rarement abordé frontalement: la communication.
J'en viens à me demander ce que ce mot veut dire et, d'une certaine façon, je préfèrerais éviter le sujet. Mais je m'y colle car qu'est-ce qu'on fait à longueur de journées et d'années ensemble?

Voilà donc un début.
Je partage avec vous une pratique où l'enjeu est de se renseigner soi-même et les autres sur nos expériences respectives et collectives pour composer ensemble. On pourrait dire qu'on a développé une certaine habileté à Tuner ensemble... et pourtant! Nombreux sont les souvenirs de colère ou frustration individuelle et de crises entre partenaires. Il y a eu des sorties, des séquelles, des...

J'ai été surpris lors de cette dernière semaine de tuning : les enjeux de crise m'ont paru rester dans le jeu même du Tuning, plutôt que de se transformer en conflit entre personnes (êtes-vous d'accord?)
J'ai l'impression qu'un cadre s'était mis en place pour maintenir l'expérience esthétique individuelle et commune.

Je me souviens d'un jour justement où je n'ai pas pu définir ce que je ressentais quand l'une de nous a condamné d'une façon tranchante mes choix de jeu (c'est arrivé à d'autres, je veux dire de trancher et d'être tranché). J'étais en colère non pas sur le contenu mais sur la forme. De quoi? Du langage. Qui est-elle pour me parler comme ça! Mais, en même temps, je comprenais le besoin de cette personne de nommer son inconfort ou son incapacité à "survivre" la situation (=le Tuning). Qui suis-je pour demander à cette personne de ne pas être en colère? Sait-elle faire autrement? Faut-il converser poliment? Car moi aussi, je me suis retrouvé en colère à ne pas comprendre ce qui se joue, à me demander ce que je fais là et vouloir me tirer (call: "environment" pour nommer cet instant de retrait du jeu). Et c'est justement là, à cette endroit d'inconfort, que je peux observer ma/notre capacité à mettre des stratégies en place pour rester dans le jeu. C'est très concret (au point qu'on utilise le terme "survivre"!!): comment une expérience fait sens ou le perd! Et n'est-ce justement pas ça qu'on révèle dans le Tuning ?!? Et qu'on se donne à voir l'un l'autre et à un public aussi?!? Sinon, à quoi on joue?

Quelque jours après la performance à la Cellule, j'ai fait un rêve: on était tous à table, prêts à reprendre le jeu. On se lève, on se prépare, je m'arrête, je vous regarde chacun et dis "Tuner ensemble, c'est pas possible".

L'utopie du Tuning!

Quid alors?

En écrivant ce texte, ça devient plus clair:
Si le groupe est capable de reconnaître la difficulté de communiquer et composer ensemble,
alors chaque conflit peut devenir une ressource, une forme explicite de la communication!
Ca fait partie de la pratique du Tuning!

Je veux dire qu'admettre que la communication par le mouvement, par les calls, la parole, est un enjeu en soi élargit encore ma conception du Tuning et je peux plus facilement accueillir les formes monstrueuses de la communication qui, j'en suis persuadé, gardent la recherche vivante! Tuner c'est rendre explicite les enjeux de mon expérience. Et ça coûte en énergie... de communication! Mouvements, Paroles: véhicules de Feedbacks. C'est ça que le Tuning produit ou demande.

Alors, que ce soit en mouvement ou par la parole: est-ce qu'on s'adresse à quelqu'un ou à l'espace?

Et il serait bien trop facile de croire que l'un ou l'autre de ces médiums nous mettent à l'abri du sens ou encore que c'est la parole qui génère le conflit et qu'on peut se sauver silencieusement par le mouvement ou que la parole pansera définitivement les plaies du mouvement.

Tuner me fait étendre mon élastique perceptif: d'un coup je peux passer d'une écoute kinesthésique sensible à la réception d'un uppercut. Et agir dans le même sens. C'est ça notre palette de jeu en tant que Tuner-Tuneuse. Je crains moins la fureur d'un échange que la sortie/perte du jeu. A nous de Tuner la limite qui, évidemment, est différente pour chacun. Tuner révèle comment chacun entend le mot communiquer: "un mot pour une danse qui ne cesse de s'accorder".

C'est pourquoi le call Time-Out (qui disait tout haut les enjeux du sens... soit qu'on arrivait directement à nommer soit qu'il fallait plusieurs échanges pour cerner ) a été pour moi un outil important qui a généré des tensions mais surtout les matériaux même du jeu, quitte à le détruire. Je préfère un monstre à une icône (=un rêve de communication). Lisa rappelait que, pour être danseur, il fallait avoir la peau dure et, je rajoute, élastique.