Ce qu'il reste de l'expérience vécue de l'échauffement.

C'est la rentrée du tuning. Tout le monde sera là. Eva l'Anversoise, la première, est au sol quand j'arrive dans la pièce. Je l'y rejoins assez vite. La conversation s'engage, et n'emprunte déjà pas les codes de se témoigner l'une l'autre qu'on s'écoute, ou de s'adresser précisément les paroles qu'on émet. Quelques modes plus indirects sont à présent en jeu : bouger pendant que de parler, fermer les yeux, ou échauffer les sensations tactiles tout en écoutant. L'espace de pratique est déjà là.

Brune entre dans la salle.
Shift. Changement d'espace. Un recommencement. Se témoigner notre sympathie, notre chaleureux entrain à se retrouver. Et puis, le rituel du passage vers l'espace de pratique s'enclenche également. Doucement. Collectivement.
On forme toutes les 3 un centre spatial, une attraction. Allongées au sol, on entame un REPORT des 3 sessions précédentes. Mon attention est sur le sens de ce qu'on raconte, et sur les sons que cela produit. A 2 voix. Brune. Moi. Brune. Moi. Moi. Brune. Ca rebondit. Enter question Eva : Quelles différences vous avez notées entre SHIFT et NEXT ? Qu'est-ce qui fait qu'on sent la chose passer au prochain chapitre, ou simplement à la phrase suivante ?
On parle dans NEXT de tout lâcher. De ne rien garder de l'organisation en cours, et de choper au vol la première nouvelle (?) activité qui passe. On parle dans SHIFT de maintenir stable quelque chose, pour qu'on puisse gouter à l'écart de ce qui s'est mis en mouvement.
Quelqu'une demande 'de quoi vous avez envie pour aujourd'hui ?'
Eva : de m'échauffer avec la cartographie de la peau (skinmap), et de mettre le poids dans la peau.
En entendant ça, ça réveille ma curiosité. Ou ça questionne mon expérience passée. Puis je vois l'image apparaitre d'un tamis mobile, souple. La farine qui lui donne son poids, et pour autant, quand ça bouge, elle passe à travers. La peau tamis. C'est une image de Winicott je crois. Décidément rien ne se crée !
La porte s'ouvre 'C'est Franck… Bonjour Fraaanck', tout en maintenant l'activité. Le report pouvait continuer. C'est un silence qui lui succède. Blanc. Changement d'espace digne d'un next. Gouter la transition. Comment elle m'affecte ? Elle nous affecte ? J'ai envie d'inclure cette entrée. Comment s'y prendre ? Quelle stratégie ? Et bien jouer la continuité : 'Et toi Brune, de quoi tu as envie pour cet échauffement ?' Brune nomme l'être ensemble, que c'est ça qui est précieux pour elle ce matin. J'interprète qu'elle aussi joue à welcoming Francky. J'entends le tissu émettre un son de glisse, léger, à peine perceptible. La transition passe par enfiler les vêtements de pratique, déjà. Je lis que l'entrée sera postposée. delay. Elle est discrète comme un brise. Je l'imagine contourner notre organisation triangulaire. Alors ça y est ? Maintenant c'est parti ? Nous plongeons dans le dialogue intérieur ? Oui ! Begin. Deux. Je sens le centre attractif se spliter. Quatre. Je m'en tiens à suivre skinmap avec cette intention de poids dans la peau. S'échauffer à l'unisson d'une même proposition pour voir ce qu'elle construit comme spécificité d'espace. J'aime les contextes pédagogiques pour ça : la précision d'une proposition, que toutes les individualités suivent. Gouter au multiple, parce que la proposition est singulière, et une. Ici, déjà, c'est tellement full of instructions. Les respirations sonores. Des déplacements dans la pièce. Des sons d'environnement métalliques, sourds, ou plus perçants. Toute une composition est déjà en train de se construire, d'elle-même. De naitre.
A un moment, une envolée. ou un grondement. Des vocalises bâtissent un rythme, marquent un dialogue plus adressé. Un duo s'engage j'imagine. Tonique. Je note que je suis attentive au gout de l'espace, et que la partition de départ a volé dans les oubliettes. Son fil s'est déplacé. Le sens du son s'affute. La voix résonne dans ma matière et fait vibrer différentes zones.

La porte grince. S'ouvre-t-elle ? Alors ce serait Baptiste. Nouvelle donne qui vient densifier l'espace. Par effet négatif, elle informe de la plongée qui s'est développée jusqu'à présent. Qu'est-ce que ça fait de prendre la chose en cours ? Les yeux restent fermés. En tournant la tête, je reçois une caresse lumineuse, de la densité à travers les paupières. Je suis proche des vitres. Je n'avais pas remarqué m'être déplacée. L'espace s'est twisté sur lui-même au fil de ce développement alors : Réactualisation.
Puis, ma main rencontre un tissu de volumes. Ah, la cartographie de la peau à nouveau. Non, le dialogue de proximité. La construction d'une physicalité spécifique. Longue. Chaude. Elle commence lentement. Une broderie. Tantôt délicate, qui parcourt l'étendue d'un relief, d'un paysage à découvrir, à bâtir au fil des informations qui apparaissent, ou qui renseigne sur mon besoin du jour. Tantôt pulsatile. Qui entre dans les couches de la matières. Qui explore les environnements intérieurs. Qui éveille les muscles. Qui sculpte des images. C'est toutes les parties du corps qui sont engagées. Soutenir des immobilités et prendre le temps de scanner, d'apprécier la composition des sensations. Le jeu ouvre l'espace. Et l'ouvre encore, pendant que des onomatopées informent de l'état du trio voisin. Parfois des rires. Profonds. C'est la maison. Pas de censure. Ce ne sont pas deux bulles hermétiques l'une l'autre, mais pourtant deux espaces bien particuliers. Une main décrira plus tard avoir gouté à cet écart. L'aspect tellement concret, matérialisable du dialogue par le toucher me fascine. On est tout le temps en train d'approcher. Un bain et une logique qui forment le socle de notre entente. L'espace se révèle de façon organique. 'L'échauffement, une déduction' dira Bapt en fin de matinée. A un moment, on forme tous ensemble une seule peau. Est-ce la fin du duo ? Non, une continuité. Les nouvelles informations s'y intègrent. En contact avec un pied solide - un genou peut-être ? - je sens se déployer une puissance qui part des organes du bas ventre, qui irradie tout l'espace. Alors ça pousse dans la main. Un râle animal s'ensuit. Tellement profond. Comme vital. L'espace est clair. La concentration des molécules de l'espace est à la fois dense et légère, l'accordage s'encre. La peau se distend vers la table et le tableau. Nous sommes 3 en continuité. Pour peu de temps. Une franche sortie fait basculer l'espace où se développe maintenant l'activité de watcher. Comment intégrer cette nouvelle donne ? 'Trouver la ressource pour accepter d'être vue dans cet état, plutôt que d'adresser', c'est une intention que je m'énonce clairement. Eva a rejoint Baptiste dans le coin. INSERT : un bisou sur une joue. un bisou à l'autre joue. END INSERT. Et Eva prend la direction de la porte qu'elle ouvre. Oh ! Bye bye Eva ! Mais enfin, il est déjà l'heure que tu t'en ailles ? Le temps est-il passé si vite ? La fin sera ou ne sera pas. La fin de 'la noce'. Un long détachement. Tellement calme. REPORT WATCHER : qui conte et compte (un corps, 2 corps, ah un à nouveau), qui augmente juste le volume sonore de son activité d'observation, pour qu'on puisse y avoir accès. Ah Brune a remplacé Eva. Dans ce même coin. Un centre d'attraction ici également. La matinée finit sur une succession de REPORT, du mouvement de l'attention de l'un, puis de l'autre, sur la trace, et l'image de l'espace actuel. Rien qu'à le suivre génère en moi une expérience esthétique.

Ceci est une des 5 facettes qui permettrait de reconstruire le puzzle du score de l'après midi - the Room. Quand la proposition ne fait plus seulement état de ce qui est là, mais induit, à elle seule, une spécificité de composition.